A partir d'un cas vécu, quelques mots sur l'aide apportée par les centres de coordination, membre de ACCOORD
En 1991, "LOUISE" est âgée de 78 ans et outre le poids d'une vie d'indépendante, elle a pris en charge depuis 30 ans ses neveux, des jumeaux qui ont eu le malheur de se retrouver orphelins dès l'âge de quinze ans. Elle est, par ailleurs, atteinte d'un cancer des os qui lui pose peu d'inconvénients. Louise reste très active et c'est avec beaucoup d'ardeur et d'entrain qu'elle fait vivre sa maisonnée.
Le 8 novembre de cette année-là, Louise développe une broncho-pneumonie et sa vie menace de basculer. Elle souhaite ne pas être hospitalisée parce qu'il n'y a pas obligation médicale, mais comment gérer sa maladie et la vie de tous les jours.
Son médecin généraliste ne voit d'obstacles à la soigner à la maison à condition qu'une aide coordonnée lui soit apportée. Il lui propose le passage, toujours gratuit, de la coordinatrice de Namur-Assistance afin qu'elle évalue l'étendue des problèmes soulevés par sa maladie : son isolement, la journée, pendant le travail de ses neveux, la préparation de ses repas, la prise de ses médicaments, sa toilette personnelle, l'entretien de sa maison et le fait que le WC soit à l'étage et dépourvu de chauffage.
Son médecin généraliste lui a prescrit des soins infirmiers matin et soir (toilette et piqûres) et celui, journalier, d'un kinésithérapeute pour dégager ses bronches. L'après-midi, la coordinatrice se rend auprès de Louise et elle contacte ces deux prestataires pour qu'ils passent, chacun, à des moments bien précis de la journée afin de briser sa solitude en assurant une présence auprès d'elle. Cette présence sera encore renforcée par l'aide-familiale également appelée par la coordinatrice afin que la maison, toujours si propre et accueillante ne ressemble à un champ de bataille car les neveux sont gentils mais peu habitués à l'ordre. La coordinatrice se renseigne aussi sur l'existence d'amis et leur téléphone afin qu'ils puissent passer quelques heures auprès d'elle. Plus de soucis pour les repas parce ceux-ci lui seront fournis par un traiteur habitué à ce genre de situation. Et le lendemain matin, la coordinatrice repasse auprès de Louise avec une chaise percée !
Tout ce qui devenait cauchemar le matin du 8 novembre a trouvé solution en 24 heures !
Louise a bien guéri de son infection et a repris les commandes de la maison.
Avançons dans le temps : Louise a maintenant 85 ans et sa maladie cancéreuse a progressé. Louise est au bout de sa vie et elle en est bien consciente. Elle attend sa mort avec soulagement et sérénité dans sa maison car elle a appris à bien connaître les coordinatrices de Namur-Assistance et elle sait que son médecin généraliste, son infirmière, son kinésithérapeute l'accompagneront jusqu'au terme de sa vie. Ils le lui ont promis. Soulagement et sérénité, c'est du moins ce que tout semblait indiquer alors qu'en réalité, Louise devient de plus en plus difficile, de plus en plus anxieuse, inquiète et même désagréable avec les soignants.
A la demande de son médecin généraliste, la coordinatrice va organiser une réunion de concertation entre tous les prestataires de Louise afin de comprendre ce qui se passe.
Son médecin, son infirmière, son kinésithérapeute, ses gardes-malades et la coordinatrice de Namur-Assistance se rencontrent afin de comprendre son évolution difficile et inattendue. Il va ainsi apparaître qu'un de ses neveux n'accepte pas que Louise s'en aille et fait tout ce qu'il croit pouvoir faire afin de la maintenir en vie. Il ne lui donne plus ses anti-douleurs ni ses calmants, la force absolument à manger et l'oblige à se lever. Il la porte littéralement sur son dos afin que sa tante, sujet de toute sa vie et de son amour, reste le plus longtemps en vie !
Louise ne comprend plus rien puisque son neveu lui tient un discours opposé ( "tu vas vivre" ) à celui de son médecin et de son infirmière; les autres prestataires, quant à eux, ne savaient plus que dire ni que faire.
Suite à cette réunion de concertation, il a été décidé de mieux aider et de mieux soutenir le neveu qui déprimait afin de rendre plus de sérénité à Louise et lui permettre de faire ses adieux.
Deux jours plus tard, Louise s'en est allée, paisiblement.
Le cas de "LOUISE" montre qu' il est possible de coordonner à domicile le travail des prestataires de soins ainsi que les services afin de maintenir chez eux les malades qui ne doivent pas être hospitalisés ni orientés vers une maison de repos. Bien plus, il démontre que, même à domicile, il est possible de réaliser une réunion de concertation entre tous les prestataires du domicile, ce qui était impossible ou pratiquement impossible avant l'existence des Centres de Coordination.